Ce que j’aurais aimé dire sur la fermeture d’Ubisoft Halifax

Le Réveil

J’ai récemment donné une entrevue au Réveil de Radio-Canada Nouvelle-Écosse — Terre-Neuve à propos de la fermeture du studio Ubisoft à Halifax. Comme souvent dans ce type d’exercice, le temps manque pour expliquer une réalité complexe sans la simplifier à l’excès.

Vulgariser, oui.
Réduire à une seule cause, non.

Ce billet est donc ce que j’aurais aimé dire, avec un peu plus d’espace pour les nuances.

Les faits essentiels

Début janvier 2026, Ubisoft annonce la fermeture de son studio de Halifax, touchant environ 70 employé-e-s. Le studio venait tout juste d’obtenir son accréditation syndicale, une première pour Ubisoft en Amérique du Nord.

Ubisoft affirme que la décision n’est pas liée à la syndicalisation, mais à une restructuration plus large et à des impératifs financiers. À ce jour, il n’existe aucune preuve publique permettant d’affirmer le contraire de façon formelle.

Halifax n’est pas un cas unique

Il est important de comprendre que Halifax s’inscrit dans un type de studio bien précis chez Ubisoft : des studios satellites, de taille moyenne, souvent orientés vers le soutien à de grandes productions.

Ce genre de studio a déjà été fermé par le passé, sans syndicalisation en jeu, notamment : Ubisoft Vancouver, Ubisoft San Francisc, Ubisoft Osaka, Ubisoft Casablanca, etc.

Autrement dit, Halifax correspond à un profil de studio historiquement vulnérable dans l’écosystème Ubisoft.

Une industrie qui va bien… en licenciant massivement

Ubisoft traverse des années difficiles, comme une bonne partie de l’industrie. Malgré des ventes globalement élevées, le jeu vidéo a perdu environ 15 000 emplois en 2024 et près de 10 000 en 2025.

On parle donc d’une industrie rentable, mais instable, où les studios deviennent rapidement des variables d’ajustement.

La syndicalisation : pas la cause unique, mais un facteur réel

Ici, je parle en mon nom.

Je ne crois pas que la fermeture d’Ubisoft Halifax puisse s’expliquer uniquement par la syndicalisation. Ce serait trop simple et probablement faux.

Cependant, je pense qu’il est raisonnable de dire que, dans la liste des pour et des contre au moment de décider quel studio fermer, la syndicalisation a très probablement pesé dans la balance.

Dans un contexte de restructuration, de rumeurs persistantes de revente et de recherche d’investisseurs, un studio nouvellement syndiqué peut être perçu comme moins « flexible », surtout par des acheteurs potentiels (Chine, États-Unis ou Arabie Saoudite) issus de marchés peu favorables aux syndicats.

Ce n’est peut-être pas LA raison.
Mais c’est difficile de croire que ce n’était pas une raison du tout.

Pourquoi ça dépasse Halifax

Cette fermeture envoie un message préoccupant : dans le jeu vidéo, même quand l’industrie va bien, les emplois restent fragiles, et l’organisation collective peut devenir un facteur de risque implicite.

Ce n’est pas une preuve.
C’est un signal.

Et c’est précisément pour ça que cette histoire mérite plus qu’un simple chiffre ou une explication expéditive.